Naissance dans les salons de jeu parisiens
L'expression « comme un pied » apparaît pour la première fois en 1867 dans La Vie parisienne, puis en 1868 dans Le Petit Figaro. À cette époque, elle désigne la maladresse, notamment en danse (« danser comme un pied ») et au jeu (« jouer comme un pied »). L’expression s'explique par une opposition simple : les pieds sont moins habiles que les mains pour les gestes de précision. Ils symbolisent la maladresse, l'incapacité à réaliser une tâche correctement. Dès l'origine, « faire quelque chose comme un pied », c'est le faire mal.
Avec la démocratisation de l'automobile au XXe siècle, l'expression s'invite naturellement derrière le volant. « Conduire comme un pied » s'impose progressivement comme l'insulte routière de référence, celle que l'on entend dans les embouteillages des centres-villes.
Du langage populaire à l'insulte routière
Dans le langage courant actuel, « conduire comme un pied » est devenu l'expression par excellence pour désigner un mauvais conducteur. Le paradoxe amuse : on conduit justement avec les pieds, qui actionnent l'accélérateur, le frein et l'embrayage.
Une expression bien française
« Conduire comme un pied » est une expression bien française, mais nous ne sommes pas les seuls à associer les pieds à la maladresse. Les Italiens disent « stupido come una scarpa » (stupide comme une chaussure), les Polonais « głupi jak but » (bête comme une botte). Nos voisins outre-manche préfèrent les comparaisons avec des objets inertes : « dumb as a stump » (bête comme une souche). À chaque langue sa propre image, mais le principe reste le même : comparer la maladresse à quelque chose d'inerte ou d'éloigné de l'habileté.
